Quelque part dans l'univers
Seul dans sa chambre, le muun se redressa de sa couche. Son être vibrait encore du message qu'il venait de recevoir. Le côté obscur avait crié à son oreille. Quelqu'un avait pénétré le sanctuaire. Doucement, l'ombre se leva et alla se poster devant un large miroir reflétant l'image de son corps vieillissant. Malgré toutes ses capacités et toute sa maîtrise de la Force ; malgré la découverte du pouvoir ultime ; il ne pouvait faire reculer le temps aussi aisément. Mais il avait déjà tant vécu. Sa tête d'un blanc crayeux et allongé alla de droite à gauche, faisant craquer les os de sa nuque. Ses yeux enfonçaient dans leur orbite, n'avaient plus l'éclat d'autrefois. Il vieillissait : Oui ! Mais, pourtant si âgé, il restait encore si fort.
Lentement, par sa seule volonté, les lumières de sa chambre éclairèrent de leur sobriété, le minimalisme de la pièce au mur terre-brune. Peu de meubles si ce n'était une table ronde et deux chaises, un lit et une étagère pleine d'holobook. Une tenture pourpre cachait la baie qui donnait sur un paysage morne.
Le Muun s'habilla, les yeux perdus dans ses pensées. Il avait trop attendu. Il était temps de cacher la menace une bonne fois pour toute. D'empêcher quiconque de la faire sortir.
Son pas résonna dans le sombre couloir au mur taillé dans la pierre de Schist. Il aimait le calme et le silence qui régnait dans cet ancien temple sith ou ne vivait plus que des ombres et de vieux souvenirs. Pénétrant sur la petite aire d'appontage, en plein air, il se retourna vivement. Son apprenti le surprenait de jour en jour depuis quelque temps et cela commençait à l'inquiéter. Il était pourtant si fier de son disciple. Cet humain de vingt-huit ans était à la hauteur de son enseignement. Il trouvait en lui une résonance à ses propres inspirations qu'il reniait pourtant encore et toujours. Car il n'était pas pour rien qu'on le surnommé "le sage". Il avait appris, dévoilé toutes les arcanes de la Force quel qu'en soit son pendant et pourtant il restait une part de lui qui le menait vers le bien, ajustant ainsi un équilibre qui le rendait imperméable à l'irraisonné.
- Que veux-tu apprenti ? demanda t-il de sa voix enrouée.
- Où allez-vous maître Plagueis ?
- Là où je vais tu ne viendra pas Sidious !
Les deux ombres, dont le vent fort faisait claquer leur longue toge, se toisèrent. Chacun cherchant à sonder l'autre ; à se cacher de l'autre. Finalement, l'apprenti fit une légère inclinaison de la taille.
- Bien, maître.
Plagueis expira longuement.
- Bien, bien ... Pendant mon absence, profites en pour libérer ton esprit de toutes ces folles pensées qui l'obscurcissent. Tu dois asservir ta colère et non le contraire.
- Oui maître.
Darth Plagueis, satisfait, rejoignit le petit C-16 Norien dont la forme effilé et le lustre corrodé du fuselage, le faisait ressembler au bec d'un oiseau Orsh.
- Nous en parlerons à mon retour, tonna Plagueis à l'adresse de son apprenti en s'engouffrant dans l'appareil.
La rampe se releva dans un sifflement et le vaisseau en quelques instants ne fut plus qu'un point lumineux dans le ciel rougeoyant. Darth Sidious inspira profondément se maudissant d'avoir laissé un instant son maitre percevoir son âme.
- C'est cela. Nous en parlerons à votre retour, Maître Plagueis. Un sourire étrangement carnassier se dessina sur les lèvres fines de Darth Sidious qui attendait, patiemment, son heure.
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Darth Plagueis marcha d'un pas lent sur le sol sec. Voilà des décennies qu'il n'avait pas foulé de ses pieds cette terre. A chaque aspiration il sentait la Force s'immiscer en lui et chaque expiration la faisait s'envoler, laissant un peu d'elle dans son être. La Force était si vivante ici, que le sith se demandait parfois si elle n'avait pas élu domicile en ce monde. La nuit était claire et les deux lunes Onna la Contemplative et Onni la tourmentée, étaient réunies pour quelques heures seulement. Le ciel était clair dans cette plaine. Les étoiles miroitant dans leur écrin. Certaines naissaient tandis qu'il posait ses yeux sur elle et d'autres se mourraient. Qui parmi elle ne transmettraient plus leur éclat à la prochaine union des deux lunes, car la lumière aurait terminé, alors, son long voyage. Il aimait se poser ces questions qui lui rappelaient son insignifiante existence.
Darth Plagueis reprit sa marche, s'engouffrant dans la végétation, il arriva enfin prés de la porte du sanctuaire. Grande ouverte, elle était restée un lieu d'accueil pour les voyageurs égarés. Mais, quand viendrait le jour où l'un d'entre eux parviendrait à ouvrir la grande porte noire devant laquelle il se tenait désormais.
Le sith s'en approcha et d'un arc de la main, la grande porte métallique répondit à son ordre et s'ouvrit de bas en haut. L'air vicié, enfermé dans ce lieu depuis des temps reculés, s'échappa dans un sifflement. Le traversant à son passage, il charriait avec lui une odeur de renfermé. Le noir dominait l'antre, prêt à engloutir le visiteur qui venait de perturber son sommeil.
Elle était toujours là. Elle n'avait pas bougé. Darth Plagueis eut le désir, un bref instant, d'aller la voir. De la tenir dans ses mains. Mais sa sagesse prit le pas sur cette idée folle. Il referma la lourde porte qui tonna quand les créneaux s'encastrèrent dans leur habitacle. Après avoir contemplé une dernière fois les bas-reliefs qui ornaient les murs, racontant le passé, le présent et l'avenir de l'univers, il reprit les marches et sortit du sanctuaire. Elle devait demeurer ici et nulle part ailleurs. Et viendrait le jour où il devrait se résoudre même à la détruire.
Le sith grimpa la pente après avoir fermé les portes du sanctuaire.
Serait-ce suffisant ? ce demanda-t-il brusquement.
Figé sur la rampe d'accès au vaisseau, Darth Plagueis regarda la vallée en contrebas. Toute la végétation n'avait pas suffi à cacher le sanctuaire. Les portes fermées ne suffiraient pas devant un jedi ou un quelconque utilisateur de la Force. Il s'en fallait de peu qu'elle s'échappe un jour. Il devait la noyer dans la masse, la faire disparaître des yeux de tous. Son regard se porta plus sur l'horizon de l'autre côté de la vallée, où sur les hauteurs d'une falaise ce perchait un lac immense nourri par un torrent qui se déversait sans discontinuer. L'éclat des deux lunes se refletait sur la surface de l'eau.
- Ces deux lunes aussi grosses et orgueilleuses l'une que l'autre méritent d'avoir chacune son miroir. Plagueis sourit à ses mots.
Sondant dans les entrailles de la Force, il ferma les yeux et voyagea de l'autre coté de la vallée. Puis de ses bras tendus à l'extrême il effectua une pression incommensurable et d'un simple relâchement de ses membres, un pan tout entier de la falaise s'effondra dans la cuvette, écrasant fleurs et arbres. La brèche laissa s'échapper l'eau du lac qui noya la vallée.
Le Sith s'en retourna à l'intérieur du vaisseau, satisfait de lui. Bientôt, cet endroit ne serait plus qu'un énième lac dans le paysage de Ksa'Ann.
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